Mardi 28 novembre 2006

Flynn décroche le téléphone, le cœur battant. Appuie sur une touche, puis une deuxième, une troisième… et raccroche.

 

 

 

Charlie joue avec le bouchon de son crayon, nerveux. S’empêche de jeter un énième coup d’œil à son portable. Coupe la musique dans la boutique. Farfouille dans une boîte derrière lui, ne trouve aucun disque qui le pourrait le satisfaire. Remet le disque précédent. Puis l’arrête. Soupire.

Personne dans la boutique.

Il s’emmerde.

Pas de nouvelles de Jólan depuis trois jours. Elle ne répond pas quand il l’appelle.

Allez, Up The Bracket. Bon disque pour l’humeur, l’énergie.

Elle est en colère. Il sait qu’il n’y a rien à faire dans ces cas-là, et surtout pas se trouver sur son chemin. Mais il ne peut pas ne rien faire !

Trois jours.

 

 

 

Londres répète inlassablement les mêmes accords. Les mêmes arpèges.

Une chanson.

Sa chanson.

Et si elle n’aimait pas ?

C’est en la jouant à Justine qu’il a compris qu’il tenait quelque chose : le regard de la jeune femme s’est illuminé et, plus que le plaisir d’avoir écrit une chanson, il a ressenti le bonheur d’être écouté.

Jusqu’ici, sa propre oreille a toujours été celle qui comptait le plus.

Et si dans les yeux de Jólan ne s’allumait pas la même lueur ?

 

 

 

Flynn laisse tomber sa guitare, s’approche de nouveau du téléphone… va chercher quelque chose à grignoter dans la cuisine.

 

 

 

La somnolence s’empare petit à petit de lui… Où sont-ils tous passés, cet après-midi ?

 

 

 

Flynn entre dans la cuisine d’un pas déterminé. Se rapproche dangereusement du téléphone… qui se met à sonner.

‘Allo ?’ 

‘Mylène ?’ Hurle une vieille à l’autre bout du fil. 

‘Euh…’ 

‘Mylène ?’ 

‘Vous avez dû vous tromper de numéro…’ 

La vieille raccroche, Flynn soupire. Un signe ?

 

 

 

La porte s’ouvre, Charlie se réveille, se redresse d’un bond.

‘Charlie !’ S’exclame le visiteur avec enthousiasme.

‘Tristan.’

Irrésistible envie de se rendormir.

‘Vous avez le don de l’accueil chaleureux, dans cette ville !’ Continue Tristan, satisfait de son petit effet.

Charlie ne répond rien. Sentiment désagréable. Sentiment familier.

‘Qu’est-ce que tu veux ?’

Sans aucune raison précise, il n’a jamais aimé ce type. S’il tenait un palmarès des mecs les plus déplaisants de Jólan… eh bien, le choix serait difficile, mais Tristan occuperait certainement une des deux premières places. Toujours à sourire… à manigancer un mauvais coup, certainement.

‘Je ne sais pas… parler, peut-être ?’ 

‘Avec moi ?’ 

L’antipathie a toujours été réciproque.

Le sourire de Tristan s’efface et laisse place à un air scrutateur.

‘Quoi ?’ Fait Charlie, agacé.

‘Elle ne t’en a pas parlé ?’ 

‘Qui ?’

Au moment où la question franchit ses lèvres, Charlie met le doigt sur le sentiment si désagréable qui l’étreint. Jólan. Tristan. Trois jours. Il ne sait pas pourquoi, mais tout prend sens.

‘Qu‘est-ce que tu veux ?’ Répète-t-il, dents serrées.

‘M’entretenir avec Flynn.’ 

Charlie esquisse un large sourire, pour mieux cacher son amertume. Putain, Jólan…

‘Il est sorti.’ Ment-il.

‘Quand est-ce qu’il revient ?’ 

‘Je ne suis pas sa mère.’ 

Tristan sourit :

‘Je repasserai.’ 

‘C’est ça.’

 

 

 

Flynn ne tient pas en place, dépose son magazine sur la table, se lève, se rassoit.

Se relève. Prend une longue inspiration, souffle, et attrape le téléphone.

Compose le numéro. Inspire, expire.

Attend.

Cœur battant.

Longtemps.

Trop longtemps, il n’est pas là.

‘Allo ?’

Flynn raccroche. Reste perplexe pendant quelques secondes. Se tape la tête contre le frigo. Mais quel con !

 

 

 

Installé sur sa pauvre chaise en plastique sur le balcon, Londres vient d’allumer une clope quand son téléphone sonne. Il prend le temps de recracher la fumée, de la regarder se disperser dans l’air, avant de reposer la cigarette sur le rebord du cendrier et de rentrer chercher le téléphone.

L’écran de son portable indique Charlie. Etrange. Ce n’est pas son genre, d’appeler.

‘Oui ?’

‘Londres, c’est Charlie. Tu peux passer à l’appart ce soir ?’

Pas son genre de fixer un rendez-vous.

‘Euh…’

Une seconde sonnerie fait sursauter Londres.

‘Attends deux secondes.’ Fait-il à Charlie, pendant qu’il décroche l’interphone : ‘Oui ?’

‘Londres ? C’est Jólan.’

Londres hésite un instant, désorienté. Etrange impression que le monde ne tourne pas rond… ou c’est peut-être lui.


 


 

Commentaire de Kappa : (ou comment utiliser le mode bichromie de Photoshop)
Hello ! j'ai fait une super découverte aujourd'hui (hier techniquement) : en basculant mon dessin de niveaux de gris en couleur, j'ai découvert un nouveau mode (ou nouveau monde, je me sens l'âme de Christophe Colomb), le mode bichromie donc! Sur le dessin, on voit vaguement (ca va dépendre de votre super écran hi-tech ou de votre récup de décharge ^_^) la double couleur des traits entre le bleu et le noir.
Moi je trouve que ça rend super (vous êtes pas obligés de penser pareil!), les deux couleurs se mélangent et se fondent (poétique non?).
Bref, pour le sujet du dessin, c'est Flynn ! Ca faisait longtemps non ? J'avais ce sujet en tête depuis un bout de temps : Flynn qui appelle Julian ? Des excuses ? Des explications ? J'ai pas encore lu le texte alors ca sera la surprise !
A mardi prochain (encore de la bichromie ? peut-être hi hi!)

Par Kappa & Saru - Publié dans : L'histoire
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