Jólan dépose deux verres sur la petite table du salon et se laisse tomber sur le canapé. So good…
‘Si je m’occupais de ton groupe, imagine, tu pourrais même dormir !’
Tristan, de l’autre côté de la table, porte son verre à ses lèvres, tout sourire. Jólan referme les yeux, bien décidée à ne pas le laisser gâcher son premier moment de bonheur de la journée.
‘Où est passée ta hargne, Jólan ? Fut un temps où tu m’aurais défenestré pour moins que ça !’
‘Fut un temps où je ne t’aurais jamais invité à prendre un verre… Qu’est-ce qui m’a pris ?’
‘Si ça peut te rassurer, c’était mon idée…’
Jólan se redresse d’un bond. Elle était pourtant certaine que l’idée venait d’elle.
‘Putain, quel manipulateur !’
‘Je suis ton âme sœur.’
Réprimant un sourire, ignorant le regard fixe de Tristan sur elle, Jólan attrape son verre.
‘Dis-moi… Si tu es un si bon manager, tu devrais crouler sous les propositions, sous le travail, des dizaines de groupes à tes pieds…’
Tristan soupire avec emphase :
‘C’est désespérant, il y a vraiment peu de bons groupes sur le marché…’
‘Flambeur.’
‘La majorité se croient meilleurs qu’ils ne le sont…’ Réplique-t-il, tout à fait sérieux. ‘Et je ne vais certainement pas manager ces bandes de bouseux…’
‘Aux dernières nouvelles, tu étais le manager de Markus Clark. Dans le genre bouseux, j’ai vu pire…’
Tristan hausse les épaules. Plutôt louche.
‘Qu’est-ce qui s’est passé ?’
‘Je me suis lassé.’ Répond-t-il vaguement.
‘Et qui me dit que tu ne te vas pas te lasser de 23 ?’
Un sourire illumine le visage de Tristan :
‘Serais-tu en train d’envisager sérieusement ma candidature ?’
Jólan ne s’abaisse pas à répondre, vexée de s’être laissée si facilement avoir.
‘Allez, Jólan ! Admettons que tu ne veuilles pas de moi pour manager…’
‘Admettons.’ Sourit-t-elle.
‘Tu as BESOIN d’un manager. Tu ne peux pas tout faire toute seule.’ L’expression sérieuse de Tristan se modifie imperceptiblement : ‘Et vu ta tête, tu ne peux pas te permettre d’arrêter de dormir.’
‘Tu as toujours su me prendre par les sentiments…’ Réplique Jólan.
Tous deux souriant, ils échangent un regard de défi. Et Jólan baisse finalement les yeux. Elle déteste ça. Rares sont ceux devant qui elle s’incline, mais elle sait très bien comment finit ce genre de connexion avec Tristan…
‘Ecoute, Tristan…’ Commence-t-elle, avec la ferme intention de clore ce sujet. ‘Si je refuse que tu sois le manager…’
‘… c’est parce que tu refuses de mélanger sexe et boulot ?’
‘… ce n’est pas contre toi.’ Tristan lui offre un sourire sceptique. ‘Même si je peux trouver au moins dix bonnes raisons de ne pas t’embaucher.’
‘Eh, si ça n’a pas collé avec Markus, c’est une question d’affinités personnelles ! Je ne m’entendais pas avec ce type ! Mais tu ne peux pas nier mes résultats…’
‘Je ne…’
‘Pareil pour le groupe d’Alex. Les résultats étaient là. Et si ce crétin ne s’était pas comporté comme ce qu’il est…’
‘Tristan.’ L’interrompt Jólan d’une voix sèche.
‘Peu importe.’ Fait Tristan du même ton.
‘Je ne mets pas en doute tes qualités de manager…’ Reprend Jólan plus doucement.
‘On ferait une super équipe, toi et moi !’
‘Toi, moi, Charlie, Londres et Flynn.’
‘Ouais, ceux-là aussi.’
‘Tristan. 23 n’a pas besoin d’un manager, je suis là pour m’occuper de tout. OK, en ce moment, c’est un peu la folie, mais je sais où je vais… Quoi ?’
‘Quoi quoi ?’
‘J’aime pas ce regard…’
‘Je ne fais que t’écouter.’
‘Justement, c’est louche.’
Tristan esquisse un sourire, Jólan ne sait plus quoi dire.
‘D’accord, tu n’as pas besoin d’un manager. Mais si tu devais en avoir un…’
‘Je ne mélange pas plaisir et boulot.’ Réplique-t-elle, et le sourire de Tristan s’agrandit :
‘Si je comprends bien, il n’y a pas que la place de manager à gagner ce soir ?’
Ce type est épuisant. Et cette putain de journée ne finira-t-elle donc jamais ?
Le voilà qui reprend :
‘Si tu devais prendre un manager, qui tu choisirais ?’
‘Avec des si…’ Soupire Jólan.
‘Si tu devais prendre un manager, tu me choisirais ?’
‘Je n’ai jamais réfléchi à la question.’
‘Mais si tu devais…’
‘OK, je te choisirais toi !’
Un autre de ces sourires.
‘Si vraiment j’étais au bord du désespoir !’ Ajoute-t-elle.
‘Et si je te prouvais que tu as besoin d’un manager ?’
‘Tristan, ça ne me fait plus marrer…’
‘Accorde-moi juste cette dernière chance !’ La supplie-t-il.
‘Mais pourquoi tu t’acharnes contre moi ?’
‘Pas contre toi. Pour toi. Pour ton groupe.’
‘La flatterie ne marche pas avec moi.’ Soupire Jólan en se levant, prête à le foutre dehors.
‘Le site !’ S’exclame-t-il en se levant à son tour.
‘Quoi, le site ?’
‘Internet.’
‘La sortie est par là-bas, rentre bien.’ Conclut-elle avec un dernier soupir.
Tristan finit par se diriger vers la porte, Jólan entrevoit la lumière au bout du tunnel.
Il se retourne. Elle va l’étriper.
‘Disons que je suis un spectateur comblé du concert de samedi soir… qu’est-ce que je fais en rentrant chez moi ?’
Jólan le pousse sans ménagement sur le palier.
‘Très juste, je fonce sur Internet, voir si je peux choper des infos sur mon super nouveau groupe favori ! Ou si je peux choper des mp3 ! Des dates de concert ! Et je tombe sur quoi ?’
Fermer la porte. Un geste, pas difficile. Mais quelque chose retient Jólan. Quelque chose de désagréable. La sensation que Tristan touche un point important.
‘Depuis combien de temps vous ne l’avez pas mis à jour, ce site ?’
Aucune envie de lui répondre, ça lui ferait trop plaisir. C’est vrai, elle ne s’en est jamais occupée ! Elle n’y connaît pas grand-chose. Un copain de Charlie s’en chargeait. Depuis quand ?
‘Un indice…’ Commence-t-il.
‘Et alors ? Je me fiche bien de ce putain de site !’
Du calme. Ne pas s’énerver devant lui.
‘Tu ne devrais pas, c’est…’
‘J’ai pas le temps ! Je sais pas faire ! C’est ça que tu veux entendre ?’
Raté. Bon, maintenant, c’est l’heure de se calmer.
‘Jólan, je ne veux pas…’
‘Dégage !’ Crie-t-elle en lui fermant la porte au nez.
Merde.
Elle prend une longue inspiration. Au bord de la crise de nerfs.
La sonnerie de son portable la fait bondir de peur. Putain, mais elle n’aura jamais la paix ?!?
Un coup d’œil sur l’écran du téléphone lui indique Charlie. Après un temps d’hésitation, elle décroche. Entendre sa voix lui fera du bien.
‘Ça va ?’ Est la première chose qu’il demande.
Elle lui déballerait bien tout. Elle aurait dû filer chez lui ce soir. Et merde, ces putain de larmes ont intérêt à rester à leur place.
‘Juste fatiguée, et toi ?’
‘Je suis avec Flynn et Londres et… eh !’
‘Jólan ?’ La voix de Flynn au bout du fil. Et les protestations de Charlie dans le fond. Jólan sourit. ‘Jólan, faut qu’on te fasse écouter un truc ! Non !’ Le rire de Flynn lui réchauffe le cœur. Le rire de Flynn qui se bat pour conserver le téléphone. ‘On a une nouvelle chanson !’ Le sourire de Jólan se fige. Comment ça, une nouvelle chanson ? ‘Londres est venu avec une mélodie à la guitare et des paroles de chanson…’ Londres ? Mélodie ? Paroles de chanson ? ‘Il faut vraiment que tu écoutes ça ! On y a passé toute la fin de l’après-midi ! On a trouvé une ligne de basse, et j’ai même quelques idées pour la batterie, il faudrait que… eh !’
‘Jólan ?’ Charlie à nouveau.
Londres. Mélodie à la guitare. Paroles de chanson. Ligne de basse. Flynn. Batterie.
‘Jólan ?’
Il faut qu’elle dise quelque chose. ‘Allez vous faire foutre’ ?
‘Oui ?’
‘Tu sais, on a juste fait quelques essais… On se demandait si tu pouvais venir…’
Les maudites larmes ne sortiront pas, Jólan sent une colère froide l’envahir. Qu’ils aillent se faire foutre. Londres, Flynn, surtout. Et elle déteste Charlie pour sa lâcheté. Toujours à essayer d’arrondir les angles. Comme si elle était une poupée fragile qu’il fallait ménager.
‘Je suis vraiment fatiguée, ce soir… Demain peut-être ?’
‘Ah.’
Ah ? Est-ce qu’il a conscience de ce qu’ils sont en train de vivre en ce moment ? De tout ce qu’il y a à faire ? De tout ce qu’elle, elle a à faire ? Non, bien sûr, il s’en fout. Ils s’en foutent tous. On peut bien passer un après-midi à écrire une foutue chanson puisque Jólan s’occupe de tout le reste !
‘Je te rappelle demain. Bonne soirée.’
Elle raccroche. Regrette un instant sa froideur. Puis se précipite vers la porte d’entrée.
Il est toujours là. Il esquisse un sourire qu’il ne prolonge pas, devant l’air inexpressif de Jólan. Celle-ci laisse la porte ouverte, rentre dans l’appartement.
‘Referme après toi.’ Fait-elle d’une voix glaciale.
Commentaire de Kappa : J'ai honte. Enfin, pas totalement honte mais c'est un peu indéfinissable, comme si j'avais un peu trop dévoilé lol. Donc pour le sujet, Tristan et sa cravate, vous n'aurez aucun autre commentaire. Juste que j'attends avec impatience ce que Saru peut nous concocter en ayant vu ce dessin (je la trahis si je dis que ca a déclenché une réaction assez énorme ?)
Bref, parlons technique, j'ai dessiné, j'ai repassé, j'ai rerepassé... Tout le monde comprend? Le dessin est donc totalement numérique après version papier juste recopié. J'ai l'impression de pas être claire. Peu importe laissons à ce pauvre Tristan un petit habillage de mystère (au moins ca -_-°)...
See You Next Tuesday!