Jolan rouvre les yeux. Elle aurait préféré les garder fermés. Revivre ces soixante-cinq dernières minutes. S’échapper encore. Elle n’a jamais été une grande rêveuse, beaucoup trop pragmatique. Fuir la réalité, très peu pour elle. Mais aujourd’hui, si elle ouvre les yeux… non, elle n’a tout simplement plus envie d’ouvrir les yeux.
Elle étend le bras, relance le disque et se laisse de nouveau happer par cette ensorcelante introduction. Pourquoi ouvrir les yeux alors que tout est là, dans cette chanson, dans cet album ? London Calling, c’était le plan. Et elle a pris la mauvaise direction.
La porte d’entrée claque, Alex entre dans le salon en fredonnant, Jólan referme les yeux.
‘C’est pas croyable, t’es encore en train d’écouter ça ?! Qu’est-ce que t’as, avec ce disque ?’
London Calling, c’était le plan, a-t-elle envie de répliquer.
‘Tu te souviens, c’est toi qui m’as fait écouter The Clash pour la première fois…’ Fait-elle finalement en ouvrant les yeux.
‘Ah ouais ?’
Il ne se souvient pas.
Peu importe.
‘Je t’ai fait écouter beaucoup de choses, à l’époque…’ Se justifie-t-il. Il sourit : ‘Tu étais une affamée…’
Elle a pris goût au punk aux côtés d’Alex. Elle a pris goût à la musique aux côtés d’Alex.
‘Plus tard, tu m’as amené London Calling. J’ai détesté.’
Il s’assoit près d’elle sur le canapé. Se demandant peut-être où elle veut en venir. Où veut-elle en venir, d’ailleurs ?
Driiiiive !
Elle referme les yeux.
My baby drove up in a brand new cadillac… She said ‘hey, come here daddy, I ain’t never comin’ back !’
‘Jólan ?’
La voix d’Alex la ramène sur terre. Elle rouvre les yeux et un sentiment désagréable et familier s’insinue en elle. Malaise.
Plus jeune, elle avait rêvé de fonder un groupe de punk. Le nouveau Clash. Y avait-il avenir plus excitant que celui d’une batteuse dans un groupe de punk ?
‘Hé ho, Jólan !’
‘Ça ne me suffit pas.’
‘Qu’est-ce qui ne te suffit pas ?’
Elle a appris à aimer London Calling. Elle a fait plus que l’aimer. Elle ne souvient plus du déclic. La révélation. Le punk n’était qu’un début.
‘Cette vie-là.’
‘Qu’est-ce que tu racontes ?’
Le groupe de punk qu’elle voulait, elle l’a eu. 25:00 gathering a illuminé ses années de lycée.
‘Non, rien, laisse tomber. Comment s’est passée la répète aujourd’hui ?’
Alex s’inquiète une seconde, d’un froncement de sourcils. Et enchaîne bien vite sur le seul sujet de conversation qui l’intéresse :
‘Génial ! Eric nous a sorti un solo au beau milieu du nouveau morceau qu’on est en train de travailler ! Ce type progresse de jour en jour, c’est…’
Jólan ne supporte plus tout ça. C’est elle qui devrait saouler Alex avec les fulgurances de son guitariste. C’est elle qui aurait dû sortir ce brillant premier album punk, elle qui devrait être en train de bosser le second. Nouveau ton, nouvelles horizons… Toucher au but, se rapprocher de son London Calling. C’était le plan.
Sauf qu’aujourd’hui, le seul plan prévu, c’est le prochain album de Nok, ce stupide groupe au nom tout aussi stupide ! Prochain album, prochain concert, prochaine interview… ça ne peut pas continuer.
‘Eh, Jólan, tu m’écoutes ?’
Non.
‘Forestier t’a appelé ?’
Au diable Forestier.
‘Jólan !’
‘Quoi ?’ Réplique-t-elle avec violence.
Alex lui rend un regard stupéfait. Puis revient à la charge :
‘Forestier t’a appelé ?’
‘Deux secondes, je regarde.’ Soupire-t-elle, attrapant son portable sur la table du salon.
‘Tu as éteint ton portable ?!’
‘Joe Strummer n’aime pas être interrompu par la sonnerie d’un téléphone.’
‘Putain, mais je t’avais dit que j’attendais un appel important !’
‘Autant pour moi.’ Répond calmement Jólan.
‘Mais tu…’
‘Je quoi ?’
Elle ne peut plus fermer les yeux.
‘Tu es notre manager !’
Aucune envie de regarder la réalité en face, mais elle ne peut plus l’ignorer.
‘Intéressant.’
Aucune envie de réaliser qu’elle a échoué. Cette vie ne lui convient pas.
‘Comment ça, intéressant ? Qu’est-ce qui t’arrive, Jólan ?’
Elle a fait ses bagages cet après-midi.
‘Rien. Je suis fatiguée de tout ça.’
Elle se lève, Alex se lève aussi. Elle ne s’était pas résolue à partir, elle voulait juste se donner la possibilité.
Elle entre dans leur chambre, empoigne ses deux grosses valises.
‘Jólan, qu’est-ce que tu fous ?!’
Voilà la réalité : elle s’était promis de toujours tout faire pour obtenir la vie qu’elle désirait et elle s’est laissée asservir. Que dirait la Jólan d’hier en voyant la Jólan d’aujourd’hui ?
‘Je ne peux pas continuer comme ça, Alex.’
‘Mais… attends… comment ça ? Tu vas où ? Qu’est-ce que tu fais ? Qu’est-ce que tu fais de nous ?’
‘Nous ? Par ‘nous’ tu veux parler de ton groupe ? Désolée, il est temps que je m’occupe du mien.’
‘Mais tu n’as pas de groupe !’
Jólan se dirige vers la chaîne hifi, en sort London Calling, le remet dans son boîtier, et glisse le boîtier dans sa poche.
‘Ça ne saurait tarder.’
Elle ouvre la porte d’entrée, reprend ses valises.
‘A la prochaine, Alex.’
Commentaire spécial : Je suis en rebellion! Contre tous ces gens qui se liguent pour nous empecher de travailler Saru et moi. Bref, la vie devient dure pour cette mise à jour du mardi ! Levez-vous chers concitoyens et rebellez-vous contre les horribles exposés qui bouffent le temps ! J'ai beau réduire mes heures de sommeil (mais pas ma conso de manga hein! faut pas exagerer non plus !>_<), ça continue de disparaître... Bref, ce qui me desespère c'est que je vais découvrir le texte de cette MAJ en même temps que vous et que j'ai fait ce dessin à l'aveuglette d'après le thème que Saru m'avait proposé. Bon évidemment, c'est pas dramatique et (Saru je t'aime!) je dis rien à Saru la super-overbookée. Si seulement on pouvait vivre d'amour et d'histoires sur des blogs...
Allez sur le dessin maintenant : C'est Jolan ! J'espère que vous l'aviez reconnue ! La colorisation ne me satisfait pas mais j'aime bien le rouge et la façon dont le fil de son casque fait une boucle. On dirait un singe ! (je me demande si je suis la seule à voir ça). Peu importe, la semaine prochaine sera meilleure ! Bonne semaine à tous !
Commentaire de Saru : Juste un petit mot à dire pour ma part : je viens de finir d'écrire ce texte, donc je n'ai absolument aucun recul dessus, quelques fautes d'orthographe m'ont peut-être même échappé... Puisque je n'ai pas eu le temps de le retravailler, je m'excuse s'il y a des incohérences, des bizarreries... J'essaierai de finir le prochain avant mardi !^^ Et sinon, je remercie Kappa pour son dessin, qui est la directe inspiration de mon texte, puisque je n'avais franchement pas d'idée... La magie du direct ! :D