Un coup d’œil à sa montre lui indique l’impossible : il est en avance. D’au moins cinq bonnes minutes. Et il fait quoi, maintenant ? Qu’est-ce qui lui a pris ?
Londres s’adosse contre le mur et sort une cigarette.
C’est vrai, il ne voulait pas que Tristan le prenne pour un glandeur dès leur première rencontre. Il ne voulait pas qu’il pense qu’il arrive toujours en retard. Même si c’est le cas. Même s’il se fiche complètement de ce que pense Tristan. C’est juste que… De toute façon si ce type lui fait la moindre remarque, il se tire. Pour qui il se prend, d’ailleurs ? 23 existait bien avant qu’il n’arrive, ils n’ont pas besoin de lui !
Londres tire sur sa clope avec avidité. N’importe quoi. Il est en train d’angoisser tout seul comme un con. De toute façon, Tristan ne peut pas être pire que Jólan. Elle ne l’aurait jamais choisi s’il était du genre à imposer ses décisions. Sauf si elle l’a choisi parce qu’elle couche avec lui. C’est ce que Charlie a dit, non ?
Son téléphone qui vibre dans la poche de sa veste le tire de ses réflexions toutes plus stupides les unes que les autres.
‘Oui ?’
‘C’est Charlie. Je ne viens pas chez Jólan ce soi…’
‘Pourquoi ?’ Le coupe Londres, qui panique à nouveau.
‘Pas envie.’ Répond Charlie d’un ton léger.
Londres voudrait répliquer. Pas envie ?! Qu’est-ce que c’est que cette connerie ? Lui non plus n’avait aucune envie de venir ! Et alors, tout le monde se fiche bien de ce dont il a envie ou non ! Mais il ne dit rien. Alors Charlie reprend la parole :
‘Je connais Tristan. Et je me suis réveillé ce matin avec l’envie de le remettre à sa place. Il faut qu’il comprenne qu’on n’est pas à sa botte.’
Londres réprime une soudain envie de se marrer. C’est ridicule. C’est quoi, cette réaction de gamin ? Et dire qu’il prenait Charlie pour quelqu’un de sensé !
‘Pourquoi tu ne dis pas à Jólan que tu ne veux pas de lui pour manager ?’
Silence au bout du fil. Puis :
‘Tristan ne fera pas un mauvais manager. Du moment qu’il fait un peu taire son ego.’
‘Et Flynn ? Il ne vient pas non plus ?’
‘Il est en pleine frénésie créatrice. Je ne sais pas ce qu’il a, depuis ce matin : il est dans sa chambre avec sa guitare et…’
Londres raccroche. Une seule pensée en tête : fuir. Il lève la tête vers les fenêtres de Jólan : pourvu qu’elle ne l’ait pas vu ! Peu importe, il ne peut pas rester là et courir le risque de se retrouver…
‘Londres ?’
Oh non.
Playboy. Le mot de Charlie pour qualifier Tristan lui revient à l’esprit. Le type qu’il a devant lui ne peut être que Tristan. Tout chez lui indique qu’il se sait irrésistible. Londres le déteste immédiatement.
‘Ah, t’as amené ta guitare !’ S’exclame le playboy avec l’enthousiasme d’un gamin. Peut-être qu’il n’est pas si détestable que ça.
Quand ils débarquent tous les deux dans son appartement, Jólan regarde Londres avec étonnement :
‘T’es le premier arrivé ?’
Londres hausse les épaules : pas vraiment le premier puisque le seul…
Jólan le fixe encore quelques – trop – longues secondes : Londres s’est parfois dit qu’elle avait le don de lire dans les pensées. Beaucoup trop perspicace à son goût. Est-elle en train de deviner que Charlie et Flynn ne viendront pas ?
‘J’appelle Charlie.’ Finit-elle par dire.
Incroyable.
Elle s’esquive dans la pièce d’à côté et Londres se retrouve con, au milieu de la pièce, tandis que Tristan s’est tranquillement installé dans un fauteuil et est en train de l’observer. Ça commence mal.
Il s’assoit à son tour et adopte la seule parade qu’il connaisse : sortir sa guitare.
‘Il paraît que t’as une Fender.’
‘Stratocaster.’
Tristan hoche la tête : est-il musicien ? Jólan ne l’a pas mentionné. Enfin, pour être manager, ça doit être la moindre des choses.
‘Il y a une raison particulière pour que tu aies choisi cette guitare ?’
C’est une question piège ? Tristan est en train de tester ses connaissances musicales ?
‘Tu me joues un truc ?’ Ajoute Tristan.
Pourquoi n’attend-t-il pas de réponse à sa question ? Parce qu’il s’en fout ? Il fait juste semblant de s’intéresser ? Alors pourquoi il lui demande de jouer ? Jouer quoi ? Une chanson de 23 ? Mais une chanson de 23 avec juste les parties de guitare, ça ne donne rien ! Alors autre chose ? Quoi ? Merde, pourquoi il se prend la tête comme ça ?
‘Il paraît que tu as composé une toute nouvelle chanson pour 23…’
‘Pourquoi tu veux être manager de 23 ?’
Tristan sourit :
‘C’est une question piège ?’
Londres se surprend à lui rendre son sourire.
‘Ça te surprend que je veuille être le manager de 23 ?’
‘Tu es musicien ?’
‘Tu te méfies de moi ?’
‘J’ai des raisons ?’
Le sourire de Tristan s’élargit. Il s’apprête à rétorquer quand Jólan revient :
‘Charlie ne peut pas venir.’ Dit-elle, agacée.
‘Il ne m’aime pas.’ Fait tranquillement Tristan.
‘Et c’est tout ce que ça te fait ?’
‘Si je devais être touché par l’opinion que les gens ont de moi, je serais très malheureux…’ Réplique-t-il avec légèreté.
‘Vous allez bosser ensemble, je te signale !’
‘Si tu veux savoir, il n’y a rien dont je me méfie plus que l’amour inconditionnel. Quand j’aurais bien fait mon boulot, Charlie sera forcé de reconnaître que je ne pas un… que je ne suis pas qu’un playboy arriviste.’
Jólan n’a pas l’air convaincu.
‘Et puis si après ça le courant ne passe toujours pas entre lui et moi,’ Reprend Tristan en souriant, ‘je vous trouverais un autre bassiste, ne t’en fais pas !’
‘Arrête tes conneries.’ Réplique sèchement Jólan.
‘Et ton chanteur, il est où ?’
Jólan détourne le regard et Tristan adresse un sourire à Londres :
‘Que c’est bon de se sentir aimé !’
‘Je vais les tuer.’ Grommelle Jólan.
‘Bon, peu importe !’ S’exclame Tristan, dont l’expression se fait soudain sérieuse. ‘Comme je te l’ai dit la dernière fois, j’ai soumis le projet de votre site internet à plusieurs graphistes que je connais.’ Il sort d’un grand carton à dessin plusieurs feuilles A5. ‘Voilà ce que ça a donné. Chacun a fait ses croquis, a esquissé la façon dont il perçoit votre univers, selon les indications que tu m’avais données… ce ne sont que des idées générales, bien sûr… l’interactivité est signalée en rouge dans la marge…’
Londres observe Tristan avec curiosité. Il ne sait pas trop quoi penser de lui. Il y a quelque chose d’horripilant chez lui, c’est certain. D’un autre côté, c’est un personnage plutôt intéressant. Peut-être qu’il l’aime bien, en fait.
Commentaire de Kappa : Hello! dernière maj avant noel! dernière maj avant mes vacances! dernière maj avant de retrouver ma chère Saru et qu'on puisse enfin faire nos maj ensemble!
Donc je suis désolée si ce dessin est un peu baclé, c'est Tristan au crayon de couleur, scanné et légerement retouché.
Pour le sujet, Tristan et son crayon en train de siffloter, ca me semblait marrant sur le coup ! Je suis sûre que c'est un travailleur acharné pourtant ! Mais bon, vu son look, on peut pas en demander trop non plus!